Monday, January 18, 2010

Un homme de glaçe au coeur d'or


Jean-Yves Thériault, un champion mondial? Oui, mais d’abord un père, un fils et un ami. C’est avec passion non dissimulée qu'il parle de ses victoires, autant sur le plan sportif qu’intellectuel.

Aussi connu sous le nom d’Iceman en raison de sa capacité à encaisser les coups sur le ring et de son regard glacial, Thériault est une légende vivante du kickboxing.

Né le 15 janvier 1955 à Paquetville au Nouveau-Brunswick, l’Acadien a quitté son coin de terre à l’âge de 5 ans, après la mort de son père. Il déménage ensuite à Ottawa avec sa mère et ses cinq frères, où l’État le place en famille d’accueil, jusqu’à son adolescence.

Trimballé d’une famille à l’autre pendant plusieurs années, c’est à 18 ans qu'il découvre les arts martiaux, plus précisément le jiu-jitsu, qu’il pratique jusqu’à l’obtention de sa ceinture bleue. « C’est à ce moment-là que j’ai entendu dire qu’il y avait un nouveau sport qui se développait et c’était le kickboxing. Moi, j’ai sauté sur le wagon comme on dit ».

Sous la direction de John Thérien, il remporte son premier combat de kickboxing en 1976. « À partir de là, j’ai appris la science de combattre, parce que ce n’est pas juste un sport… Quand on fait le sport de façon récréative, c’est juste ça, c’est un sport. Quand on commence à le faire de façon compétitive, ça devient une science. Il y a toutes sortes de composantes qui font qu’on a le succès qu’on veut ou non.»

Compétiteur de nature, Thériault comprend assez vite que pour réussir il doit étudier son domaine, de l’anatomie humaine à la psychologie sportive. « J’ai été de façon approfondie, mais c’est ça qui m’a permis d’avancer... Il faut avoir une certaine intelligence pour accéder au championnat mondial, ça ne s’arrête pas à la contribution physique », raconte Thériault.

Selon lui, l’éthique de travail, l’engagement, le prix à payer pour gagner, le focus, ainsi qu’un entourage positif, sont tous des points essentiels à la réussite dans ce domaine.

Iceman eu la chance de consulter un psychologue de façon régulière pour prendre soin de sa santé mentale et garder ses objectifs en tête. « Je crois que la pire des choses qu’on peut faire comme être humain, c’est de ne pas demander d’aide lors de grandes remises en question et d’en venir à des conclusions par nous-mêmes », avoue-t-il.

Jean-Yves Thériault s’est souvent posé la question si c’était vraiment dans ses valeurs de donner des coups de poings et des coups de pieds sur un autre être humain. Absolument pas. Il n'est pas violent. Il a été capable de déterminer que ce qu’il fait est un sport et que cet art est beaucoup plus profond qu’il en a l’air.

En 1978, Iceman remporte le championnat canadien de kickboxing. Puis, en 1980, il gagne le titre de champion du monde de kickboxing chez les poids moyens, titre qu’il conserve pendant 15 ans.

« Toutes ces victoires m’ont apporté plus que des médailles. Elles m’ont apporté une bonne santé et un bon conditionnement physique, même à 55 ans. Du côté psychologique, elles m’ont apporté de la confiance, de l’estime de soi, ainsi qu’un sens de je-m’en-foutisme. En fait, ce que les autres pensent de nous, ce n’est pas de nos affaires. Ce qui est important, c’est ce qu’on pense de nous-mêmes. C’est ce que je veux apprendre à mes filles », explique-t-il.

Iceman croit que c’est essentiel d’avoir un rêve, d’y croire et de s’y engager avec passion. Il croit aussi que toutes ces victoires lui ont permis de bien équilibrer sa vie en six parts égales : le physique, l’émotion, la spiritualité, l’intellect, la vocation et le social. Jean-Yves Thériault est à l’écoute de ses émotions et avoue avoir toujours peur avant d’embarquer sur le ring.

Champion du monde de kickboxing 23 fois, Jean-Yves Thériault prend sa retraite le 1er décembre 1995. « Ce n’est pas au kickboxing que j’ai vécu mes plus belles expériences. Après ma retraite, j’ai voulu rendre tout ce qui m’avait été donné. J’avais l’impression d’avoir tout eu et le vedettariat ne me plaisait pas tant que ça », dit monsieur Thériault. Iceman a donc été président d’honneur de Rêve Jeunesse pendant plusieurs années, ce qui lui a apporté plus de satisfaction personnelle que le championnat mondial.

« J’ai travaillé avec un jeune qui avait la leucémie. Il est mort par la suite. Là, j’ai réalisé que quand les gens me disaient que j’étais brave et fort parce que j’étais champion du monde, ces mots-là étaient vides. Quand on pense à un parent qui sait que l’enfant qu’il a mis au monde ne sera plus vivant dans quelques mois… Si ce n’est pas du courage ça, c’est quoi? Je ne peux même pas te dire à quel point cette histoire m’a affectée… », raconte-t-il la larme à l’œil.

Les bonnes valeurs d’Iceman se sont renforcées et il a débuté les meilleures années de sa vie. Il a même été le sujet d’un film produit par l’office national du film (ONF) et a aussi écrit un livre sur les techniques de combat gagnantes.

La carrière de Jean-Yves Thériault est honorable. Même à son âge, il continu de s’entraîner cinq fois semaine et d’enseigner le kickboxing des deux côtés de la rivière.

« Tout ce qu’il manque à mon petit casse-tête de vie maintenant, c’est d’écrire un livre de recettes sur mes plats préférés des autres pays, car j’ai fait énormément de voyage avec mon travail. Je veux aussi apprendre à jouer de la guitare et faire partie d’un orchestre avant de mourir… », rajoute-t-il les yeux pétillants d’espoir.

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